
Par Jean-François Ponge
Aurélien est un jeune rentier, tout juste rentré, entier, de la Grande Guerre. Il vit une vie de plaisirs, grand amoureux des femmes, des flâneries nocturnes dans ce Paris des "beaux quartiers" encore nostalgique des splendeurs de la Belle Époque. Mais sa rencontre avec Bérénice, une jeune femme, mariée, pas si belle que ça mais aux antipodes de ses fréquentations habituelles, va bouleverser sa vie. Lorsque j'ai lu ce livre pour la première fois, il y a une cinquantaine d'années environ, j'en avais retenu la peinture d'une moyenne bourgeoisie avide d'argent, par la spéculation, et de pouvoir, par la politique. Je n'avais pas senti, ne les ayant pas encore vécues, la puissance de cette description des rapports amoureux. Avant "Aurélien", jamais l'amour n'avait été analysé dans ses intimes replis, ses déclinaisons tant physiques que psychologiques. "Aurélien", c'est aussi un formidable exercice de style, mêlant une expression très moderne du "parler vrai" à une langue alambiquée fleurant bon son dix-neuvième siècle. Roman féministe aussi, avec cette figure d'une femme qui décide de sa vie et se joue des conventions de son temps, assortie de quelques autres très beaux portraits féminins. On peut donc faire son marché dans ce récit aux multiples facettes, un des chefs-d'œuvre de la littérature en prose de Louis Aragon. Dans cette chronique parisienne de l'entre-deux guerres, Aragon décrit la toute nouvelle société surréaliste. Aurélien, jeune homme sensible et oisif, fréquente les salons parisiens d'avant-garde, y côtoie les poètes, les actrices, les peintres qui ne sont autres que Picabia ou Cocteau. Au sein de ce microcosme insouciant et sans entraves, un amour irrésistible mais inavoué naît entre Aurélien et Bérénice, une jeune provinciale venue à Paris pour quelques jours. Malgré la séparation, leur passion ne se démentira pas malgré le temps et la distance qui les auront transformés tous deux. Dans ce roman, c'est Aragon poète que l'on retrouve, "le fou d'Elsa" laissant sa plume courir au gré d'un lyrisme profond et sobre inspiré par l'amour (voir Les Yeux d'Elsa). Il a d'ailleurs bien volontiers reconnu la présence d'éléments autobiographiques dans son oeuvre, lui qui pourtant avouait : "L'art du roman, c'est de savoir mentir." Quel plus noble et plus délicieux mensonge que ce roman d'amour ? --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot
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